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LA COMMUNAUTÉ DE LA PSYCHOMÉTRIE

Newsletter - Septembre 2017 #1

Conçue pour tous les utilisateurs de tests, la newsletter traits d’union vous accompagne et vous guide dans votre pratique. Chaque mois, elle vous propose d’en savoir plus sur la psychométrie, de décrypter l’actualité et de découvrir "la fabrique des tests".

Des surdoués en "grande difficulté"...
Ou pas ?

Depuis quelques années, les articles et ouvrages sur le sujet se multiplient : les jeunes ayant une intelligence très supérieure à la moyenne seraient plus facilement sujets à des maux divers comme l’échec scolaire, l’anxiété voire des troubles psychologiques… Les récents travaux de deux chercheurs ont relancé le débat.

Sont dits «surdoués», «précoces» ou «à haut potentiel» les enfants qui ont «une intelligence très supérieure à la population générale, c’est-à-dire en pratique qui ont un QI supérieur à 130, une condition vérifiée par environ 2% de la population,» rappelle Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS et chercheur en psychologie (1) . Or, ce qui pourrait sembler logiquement être un avantage se transformerait le plus souvent en un sérieux problème pour les intéressés à en croire nombre de spécialistes et d’associations de parents. Les enfants «surdoués» auraient un mode de pensée différent des autres, dit «en arborescence», engendrant une multitude de concepts là ou les personnes normales développeraient un raisonnement «linéaire» ou «séquentiel». Une façon de réfléchir donc différente qui générerait notamment des difficultés dans un univers scolaire plus traditionnel. On avance ainsi souvent le chiffre d’un tiers d’élèves surdoués en situation d’échec scolaire. Certains assurent même que les cas de troubles psychiques seraient plus nombreux chez eux que chez les autres : hyperactivité, anxiété, et même autisme…

Une forte corrélation entre QI et réussite académique

Des affirmations souvent relayées par les médias grand public qui ont poussé Franck Ramus et Nicolas Gauvrit (2), de l'université Paris-VIII-Saint-Denis, à tenter de les vérifier. Leur article publié dans «La recherche», intitulé «la légende noire des surdoués» a suscité de nombreuses réactions, tant chez les associations de parents concernés que chez de nombreux psychologues cliniciens. Selon les deux chercheurs, qui se sont basés notamment sur une étude de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) de l'Éducation nationale (3) , «seuls 1 % des enfants dits à haut potentiel intellectuel (HPI) ont échoué en 2011 au brevet (contre 13 % dans le reste de la population)». Un résultat qui serait confirmé selon eux par plusieurs études internationales montrant «une forte corrélation entre QI et réussite académique». Pour Nicolas Gauvrit, «les enfants précoces ne seraient pas non plus émotionnellement instables, hypersensibles, ou plus anxieux que les autres en moyenne». Des affirmations aussitôt attaquées par des associations de parents d’enfants en difficulté «intellectuellement précoces», et des psychologues cliniciens spécialisés qui sont très souvent confrontés à de tels cas, parfois particulièrement complexes à traiter. Le débat est lancé.

Écart-type, déviation standard (DS), note Z, percentile... De quoi parle-t-on ?

Nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser des tests psychométriques pour étayer notre regard clinique. Les résultats obtenus s’expriment via des indices statistiques que nous ne maîtrisons pas toujours. Afin de faciliter votre pratique nous allons décrypter ensemble ces différents indices sur une courbe de Gauss.

La plupart des tests sont construits de manière à ce que les performances observées dans la population générale suivent une courbe de Gauss. Celle-ci permet de montrer la répartition attendue dans la population dite “normale”. Elle se définit par une moyenne et un écart-type (la variation autour de la moyenne retrouvée dans la population dite «normale»).

Conseil : Il est important de connaître la moyenne et l’écart-type du test que vous utilisez. Cette information est présente dans le manuel.

Les résultats peuvent s’exprimer en notes standard, en percentile et en note Z 
(= DS, déviation standard).

● Exemple de la NEPSY-II :
La note standard a pour moyenne 10 et écart-type 3

Voici comment lire les résultats :
- 7 (-1 écart-type) ≤ moyenne ≤13 (+1 écart-type)
- 4≤ zone faible ≤7
- 0 ≤ zone déficitaire ≤4

Si votre patient obtient une note standard de 3 à «Compréhension de consignes», sa performance sera alors déficitaire. Il sera donc très en dessous de ce qui est attendu pour son âge en termes de compréhension et d’application de consignes plus ou moins complexes.


● Exemple du TEA-Ch :
Le percentile correspond au pourcentage de sujets qui obtiennent des scores égaux ou inférieurs à ceux du patient évalué.

Voici comment lire les résultats :
- 0-5% niveau déficitaire
- 6-10% niveau très faible
- 11-25% niveau limite
- 26-50% niveau moyen faible
- 51-75% niveau moyen fort
- 76-100% niveau supérieur

Si votre patient se situe au percentile 5 à l’épreuve «Faire deux choses à la fois», sa performance en double tâche est déficitaire. Seuls 5% des enfants obtiennent un résultat inférieur au sien (et 95% réussissent par conséquent mieux que lui).


● Exemple du BHK ado :
La note Z est le fruit du calcul suivant :

(Note obtenue - moyenne)
écart-type

Voici comment lire les notes Z (déviation standard= DS) :
- +2 = très supérieur
- de +1 à +2 = ressources
- de -1 à +1= moyenne
- de -1 à -1.65 = fragilité
- - 2 = pathologie

Ex : fréquence d’inscription, pour la classe de 6ème,
moyenne = 300, l’écart-type est de 58. Mon patient a obtenu 326.
Note Z = 326-300
58
Note Z = 0.44

Une note Z de 0.44 correspond à une performance en «Fréquence d’inscription» tout à fait dans la norme attendue.

Ces différents indices statistiques correspondent tous entre eux : si un patient obtient une note Z= -2, une note standard de 4 et un percentile de 2, il se situera dans la zone déficitaire qui correspond aux 2% les plus en difficulté.

Marie Sebbag,

Neuropsychologue – Conseil Clinique de ECPA Pearson France

La fabrique des tests

Quelle est la mission de notre service Recherche et Développement ?

Notre équipe est composée d’un docteur en psychologie, de deux psychologues ayant chacun leurs domaines d’expertise, d’un psychologue statisticien et d’une coordinatrice des recueils. Notre mission est de développer, d’adapter culturellement et de créer les normes françaises de nombreux projets cliniques tout en respectant les exigences psychométriques de validité scientifique. Nous travaillons en étroite collaboration avec des experts et des professionnels de terrain-expérimentateurs qui participent activement aux recueils des données.

Quelles sont les étapes de création d’un test ?

Avant l’édition d’un test, notre équipe Recherche et Développement met en place plusieurs étapes :

• Découverte de l’outil et de son référentiel théorique. Celui-ci peut déjà être commercialisé à l’étranger ou être proposé par des chercheurs français.

• Élaboration du plan de recherche, des coûts de développement, des ressources nécessaires et planification des étapes de développement.

• Pour les outils étrangers : traduction, adaptation, modification des contenus verbaux et imagés trop connotés culturellement, création de nouveaux items adaptés à la population française. Nous travaillons pour cela avec des experts du domaine d’évaluation auquel l’outil s’intéresse.

• Pour les outils français : accompagnement des auteurs pour la création d’items.

• Organisation des différentes phases de développement du test : phases pilote et de pré-expérimentation afin de construire la version définitive retenue pour la phase d’étalonnage.

• Mise en place du recueil de données effectué par les expérimentateurs sur le terrain, établissement des critères de cotation, saisie et analyses statistiques des données (normes françaises, études de la fidélité et de la validité du test).

• Élaboration du matériel définitif (rédaction des manuels, PAO, relecture).

• Suivi de fabrication des matériels papier-crayon et/ou du processus de digitalisation.

• Edition !

L’appartenance au groupe Pearson impacte-t-elle la qualité des outils ?

Les ECPA ont été rachetées par le Groupe PEARSON en 2011 et l’équipe R&D France est intégrée depuis 2014 à l’équipe R&D Europe. L’impact de la réorganisation se situe davantage au niveau des choix éditoriaux (les outils à portée internationale sont maintenant privilégiés) que des processus de développement des tests, dont toutes les étapes continuent d’être déployées localement. Une mutualisation des compétences est toutefois toujours favorable afin de donner accès dans chacun des pays à des outils plus performants (statistiques, développements informatiques, analyses de corrélation…), pour renforcer la validité du test publié. Le travail de collaboration avec les différentes équipes R&D de Pearson nous donne par ailleurs l’occasion de comparer nos méthodologies avec les autres pays d'Europe, d'affiner nos phases de recueil… Et bien entendu de discuter et confronter nos points de vue scientifiques.

Caroline Dannay-Penhouët, Psychologue du travail, Responsable du service Recherche et Développement de ECPA Pearson France.